Violence
Violence (faite aux images)
Travailler une image, c'est souvent lui faire violence. La recouvrir, la gratter, la déformer, la sortir de son contexte : autant de gestes qui abîment l'image de départ pour en tirer autre chose. Cette violence n'est pas gratuite. Elle répond à un constat, que Baudrillard formule à sa manière : nos images sont devenues trop lisses, trop pleines, trop disponibles. À force de circuler partout, elles ne montrent plus rien, elles ne font que se refléter les unes les autres. L'image saturée a perdu sa force parce qu'elle ne rencontre plus aucune résistance.
Frapper l'image, alors, c'est tenter de lui rendre une épaisseur. En la surpeignant, en la brisant, en l'arrachant à sa circulation trop facile, on la force à redevenir opaque, à résister de nouveau au regard. La violence devient ici un geste critique plutôt qu'une destruction : elle rouvre l'image, la rend à son étrangeté. C'est aussi une manière de faire l'amalgame, car une image que l'on maltraite cesse d'être intouchable et peut enfin se mêler à d'autres, entrer dans le jeu des relations au lieu de rester une surface close.